Quel est l'odeur du Têt? Cette question, apparemment distraite, mais chaque fois qu'elle touche, fait vibrer légèrement le cœur des gens, comme une fine corde traversant le domaine de la mémoire. Le Têt n'apparaît pas seulement avec des couleurs ou des sons joyeux; le Têt arrive avant tout avec l'odeur - une odeur très douce, très profonde, se faufilant dans chaque petit coin de la vie, touchant le plus doux du cœur.
Le Têt a l'odeur de la fumée de cuisine. L'odeur vague, pas âcre, pas forte, qui s'enroule autour du toit dès le petit matin. Quand le ciel est encore brumeux, quand le poulet du quartier vient de chanter le premier, la marmite de gâteaux commence à bouillir. La fumée de cuisine se mêle à la brume, se mêle à l'odeur des feuilles de dong fraîches, à l'odeur du riz gluant nouveau, à l'odeur des haricots verts moelleux et légers. Le bruit de l'eau bouillante qui coule toute la nuit est comme une vieille berceuse, plongeant toute la famille dans un sommeil paisible. Dans cette odeur rustique, il y a la patience des adultes, il y a l'excitation des enfants, il y a aussi le temps qui ralentit, juste assez pour que les gens s'écoutent.
Le Têt a aussi l'odeur des derniers après-midi de l'année. Lorsque le soleil s'est calmé, le vent s'est éclairci, toute la famille s'est rassemblée pour essuyer l'autel. Des serviettes humides sèchent, les mains essuient doucement chaque coin de bois qui s'est étincelé au fil des ans. Le père répare les charnières rugissantes, la mère réorganise les choses familières comme si elle réorganisait toute l'année écoulée. Dans cet espace paisible, l'odeur de l'encens d'agar-agar flotte légèrement. Pas trop forte, pas trop claire, juste assez pour rappeler aux gens leurs racines, leurs visages lointains, un lien invisible mais durable entre les générations.
Le Têt a l'odeur des vêtements neufs encore pliés. L'odeur des nouveaux tissus, l'odeur légère du mortier, l'odeur des projets tout juste purs. Les vêtements suspendus aux crochets, attendant le premier jour de l'année pour être portés comme un manteau d'espoir. À côté de cela, il y a l'odeur des gâteaux et des confitures fraîchement ouverts - l'odeur douce du sucre, du gingembre, du sésame grillé, de la noix de coco séchée. Il suffit d'ouvrir le couvercle pour que toute la pièce semble s'éclaircir. Puis l'odeur du thé chaud versé dans une petite tasse, s'évapore légèrement dans le froid frais, juste assez pour réchauffer les mains, juste assez pour que l'histoire commence.
L'après-midi du 30e jour du Têt, maman fait bouillir une marmite d'eau de feuilles de coriandre vieille. Le parfum s'envole doucement. Maman exhorte tout le monde dans la salle de bain de fin d'année à se baigner et à se nettoyer avec cette marmite d'eau de coriandre vieille. Une seule fois par an, comme une cérémonie. Le parfum de la marmite d'eau de coriandre vieille est une partie indispensable pendant le Têt.
Mais le Têt n'a pas seulement des odeurs faciles à nommer. Le Têt a aussi l'odeur du temps. L'odeur des jours chargés de fin d'année, lorsque les rues sont plus fréquentées, lorsque les pas des gens sont plus pressés et que le cœur est plus doux. L'odeur des longs trajets en voiture, l'odeur du vent mélangée à la poussière, l'odeur des manteaux froids. Ces odeurs se mélangent, pas belles, pas romantiques comme d'habitude, mais c'est le signe le plus certain: le Têt est arrivé.
Et surtout, le Têt a l'odeur du retour.
C'est l'odeur d'une maison familière, même si elle est vieille, même si les murs sont peints, même si la porte sonne légèrement à chaque fois qu'elle s'ouvre. C'est l'odeur d'un repas pour tout le monde - l'odeur de la soupe chaude, l'odeur du porc braisé, l'odeur du riz fraîchement cuit. C'est l'odeur des appels dans la cour, au milieu de la cuisine, mélangée au rire, au bruit des tasses et des baguettes. Une odeur très particulière, impossible à acheter, impossible à emballer, seulement à sentir en franchissant le seuil de la porte familière. Il suffit de sentir pour savoir: Je suis rentré à la maison.
Certaines années, les gens vont très loin. Si loin que le Têt n'est plus qu'un jour sur le calendrier, quelques messages de vœux hâtifs. Mais étrangement, au milieu d'un après-midi soudain, lorsque l'odeur de la fumée passe, lorsque l'odeur du thé chaud monte, ou lorsque l'odeur du tissu vient de toucher le nez, les souvenirs du Têt reviennent en mémoire. Ils arrivent doucement mais persistent, donnant envie de s'arrêter, de faire demi-tour, de ralentir un peu pour ne rien manquer.
Le Têt n'est donc pas aussi bruyant que les feux d'artifice, pas aussi éclatant que les lumières colorées. Le Têt existe durablement par l'odeur - un souvenir sans forme mais avec un pouvoir de retenue étrange. L'odeur de la réunion, de la paix, de l'amour est encore intacte, pas encore gâchée par les chocs de la vie quotidienne. Cette odeur fait que les gens s'adouvent, pardonnent plus facilement, se souviennent davantage.
C'est peut-être pour cela que, où qu'ils aillent, les gens se souviennent toujours du Têt. Se souvenir n'est pas à cause du grand plateau de nourriture, mais à cause du sentiment d'appartenir. Se souvenir parce que quelque part, au milieu de l'agitation, il y a toujours un parfum qui attend, il suffit de revenir pour le toucher.
Êtes-vous prêt à prendre une profonde inspiration pour sentir l'odeur du Têt?