Pendant des mois, de nombreux Canadiens esperent que M. Trump a cesse de mentionner l'idee de faire du Canada le "51e Etat americain", alors que la Maison Blanche est occupee a remodeler l'ordre commercial mondial. Cependant, les recentes actions de Washington fauchent cet espoir.
L'arrestation du president venezuelien Maduro - accompagnee de la declaration de l'administration du president Donald Trump selon laquelle "c'est notre hemisphere" - ainsi que la discussion publique par les Etats-Unis sur la possibilite de controler le Groenland, sans exclure les mesures militaires, ont incite le Canada a revenir sur les declarations anterieures de M. Trump sur la souverainete canadienne sous un angle completement different. Le Groenland, comme le Canada, est un territoire democratique, situe dans l'Arctique et fait partie de l'OTAN.
Les inquietudes se repandent dans l'opinion publique. Un commentaire dans le plus grand quotidien canadien la semaine derniere s'est largement repandu, avertissant de la possibilite que les Etats-Unis utilisent la "coercition militaire" contre le Canada.
L'article appelle Ottawa a suivre le modele de defense finlandais, a etendre les forces de defense civile et a se preparer aux pires scenarios.
Ces inquietudes ne sont pas sans fondement si l'on considere l'equilibre des forces. L'armee canadienne compte actuellement moins de 100 000 soldats permanents et de reserve, devant proteger le deuxieme plus grand territoire du monde. Cette force est egalement dispersee par les missions de secours en cas de catastrophe nationale et les engagements internationaux, tels que le deploiement de troupes en Lettonie dans le cadre de l'OTAN.

Le gouvernement du Premier ministre Mark Carney augmente les salaires pour ameliorer le recrutement militaire, tout en allouant des dizaines de milliards de dollars aux chasseurs, aux sous-marins et aux nouveaux equipements. L'objectif est d'atteindre un niveau de depenses de defense minimum de 2% du PIB selon les exigences de l'OTAN.
Les medias canadiens ont egalement rapporte le plan de construction d'une force de reserve de 100 000 personnes et d'une force de soutien allant jusqu'a 300 000 personnes, mais ce sont toutes des etapes qui necessitent de nombreuses annees pour etre efficaces.
Le risque ne reside pas seulement dans l'armee. Le Canada est fortement dependant de l'economie americaine: pres de 70% du chiffre d'affaires a l'exportation du pays se dirige vers le sud de la frontiere.
L'accord USMCA permet a environ 85% du commerce bilateral d'etre exonere d'impots, tandis que d'autres produits peuvent faire face a des droits de douane a l'importation de 35%. C'est a la fois un "bloc" et un couteau suspendu, car tant que les Etats-Unis menacent d'annuler l'exoneration ou de faire vaciller l'USMCA, l'economie canadienne pourrait s'ebranler.
En outre, le risque d'ingerence politique est egalement mentionne. En Alberta - une province riche en petrole souvent insatisfaite du gouvernement federal, la possibilite d'un referendum sur l'independance est en discussion. Bien que des enquetes precoces montrent que les separatistes ont du mal a gagner, les analystes mettent en garde contre le risque d'ingerence exterieure par le biais de financements obscurs ou de campagnes d'information deformees.
A court terme, l'attention de M. Trump pourrait encore se concentrer sur le Venezuela et le Groenland. Mais pour le Canada, les donnees sur l'armee, le commerce et la politique interieure montrent une realite plus claire que jamais: les declarations autrefois considerees comme exagerees sont desormais devenues un facteur de risque strategique qu'Ottawa ne peut ignorer.