Nous avons grandi dans une culture qui met l'accent sur l'effort et la perfection. Les voix qui vous disent d'essayer encore un peu, de faire mieux qu'hier, de ne plus faire d'erreurs; résonnent toujours à vos oreilles. Elles ne sont pas fausses, mais lorsqu'elles vous hantent la tête et que vous vous dites toujours que vous n'êtes pas assez bon, alors tout est différent. Les petites choses sont disséquées, tout est disséqué, répété, au point que les émotions sont usées.
Elle travaille dans les médias, elle est habituée à se coucher tard, habituée aux délais, habituée aux moments où elle est corrigée. Un jour, le projet a échoué au prix, elle s'est rongée par le sentiment de "je devrais faire encore mieux". Elle s'est assise pendant des heures pour chercher ses erreurs, non pas pour apprendre, mais pour se blâmer. Alors qu'elle est prête à réconforter ses collègues: "Ce n'est pas grave, tout le monde a des moments où il échoue", elle ne se donne pas ce privilège. Nous sommes souvent plus gentils avec les autres qu'avec nous-mêmes.
S'aimer davantage, ce n'est pas arrêter d'essayer, mais changer la façon de dialoguer intérieurement. Au lieu de demander: Pourquoi suis-je si mauvais? Essayez de demander: Qu'ai-je appris de cette histoire? Une question ouvre la possibilité, l'autre se termine par le jugement. La philosophie de l'érosion a dit un jour: Ce n'est pas l'événement qui nous fait souffrir, mais la façon dont nous l'interprétons. L'erreur elle-même n'est qu'un fait. C'est la classe d'interprétation amère qui la transforme en blessure.
Être moins critique ne signifie pas abandonner. C'est une distinction claire entre la responsabilité et la punition. La responsabilité nous aide à corriger nos erreurs; la punition ne fait que nous épuiser. Lorsque nous nous tourmentons, l'énergie est brûlée pour mâcher à nouveau le regret, au lieu de la consacrer à la prochaine action. S'aimer soi-même, c'est donc une décision de survie, pour conserver l'énergie, continuer à vivre, continuer à faire, continuer à aimer.
Une petite mais efficace pratique: écrivez ce que vous vous dites lorsque vous faites une erreur, puis imaginez que vous dites ces mots à la personne que vous aimez le plus. Si vous trouvez cela trop cruel, corrigez-le. Pas avec des mots vides positifs, mais avec équité.
S'aimer soi-même, c'est accepter l'imperfection comme une condition d'existence, et non comme un défaut à cacher. Et nous nous examinerons moins, nous nous torturerons moins et passerons plus de temps à vivre avec gentillesse envers nous-mêmes, comme nous espérons toujours que le monde nous traitera.