Quand l'algorithme choisit à votre place
La "matière" peut être comprise simplement comme un paradoxe lorsque les utilisateurs pensent qu'ils sont libres de choisir du contenu, mais plus ils regardent longtemps, plus le système les comprend et plus il a la capacité de choisir du contenu à leur place. L'algorithme enregistre discrètement ce que les utilisateurs aiment, ce qu'ils sont curieux de savoir, où ils s'arrêtent habituellement, et même comment ils réagissent aux contenus choquants, irritants ou émouvants. À partir de ces traces, il continue d'apporter des contenus capables de les retenir.
Ce mécanisme est particulièrement efficace car les utilisateurs ne savent pas quelle sera la prochaine vidéo. La première vidéo peut être normale, la deuxième vidéo est assez attrayante, la troisième vidéo est choquante. Dans ce cas, se faufiler dans une mauvaise vidéo n'est pas un problème, car il suffit de glisser pour qu'un nouveau contenu apparaisse. Les utilisateurs pensent qu'ils consomment du contenu. Mais d'un autre côté, ils fournissent également continuellement des données pour que la machine comprenne et se retienne.
Les dommages immédiats et l'érosion silencieuse
Les courtes vidéos elles-mêmes ne sont pas toxiques. Elles peuvent fournir des connaissances, promouvoir la culture, soutenir l'éducation, aider les jeunes à être créatifs, à faire des affaires et à se connecter avec la communauté. Le problème réside dans le contenu produit, distribué et consommé, en particulier lorsque le visionnage passe d'un choix intentionnel à un réflexe difficile à contrôler. L'apparition de trop de courtes vidéos de "gangsters" en ligne est vraiment alarmante car la plupart ne font que répéter un contenu inutile et toxique, des insultes, des beuveries, des défis à l'opinion publique...
Certaines personnes regardent par curiosité, parfois après avoir regardé, elles sont mal à l'aise, mais l'algorithme ne détermine pas ce qu'est l'amour ou la haine, mais seulement le nombre de téléspectateurs. Les conséquences facilement perceptibles pour ceux qui regardent trop de courtes vidéos sont le sommeil tardif, la fatigue oculaire, le manque d'exercice, les douleurs au cou et aux épaules, la réduction du temps de communication directe et la diminution de l'efficacité de l'apprentissage et du travail.
Mais ce qui est plus inquiétant, c'est que ce qui disparaît silencieusement, c'est la capacité de se concentrer pendant de longues périodes, la patience avec les activités qui n'apportent pas d'effet immédiat et la capacité à supporter l'ennui. Lire un livre, regarder un film, écouter une personne parler prend beaucoup de temps, parfois même de la patience. Pendant ce temps, une courte vidéo ne prend que quelques dizaines de secondes pour créer un nouveau stimulus. Lorsque l'esprit s'est habitué à ce rythme, les activités qui se déroulent plus lentement sont très facilement perçues comme "ennuyeuses".
Ce qui est remarquable, c'est que ce n'est pas forcément une personne qui passe deux heures à regarder une courte vidéo, mais qu'ensuite, rien de mémorable ne reste dans sa tête.
La lutte pour chaque seconde d'attention
Une génération grandit dans un environnement où l'attention devient une ressource pour que les plateformes rivalisent. Auparavant, la télévision disputait le temps humain. La presse rivalisait d'attention. Internet continuait cette compétition. Aujourd'hui, des algorithmes de plus en plus sophistiqués cherchent à retenir chaque seconde d'attention de chaque individu.
Les jeunes sont particulièrement facilement entraînés dans cette boucle en raison de leur capacité à s'autocontrôler et à former des habitudes qui continuent de se développer. Et ils peuvent commencer à se mesurer avec le monde à l'écran pour voir si ils sont assez beaux, assez réussis, si ils sont aimés par beaucoup de gens, si leur vie est aussi intéressante que celle des autres?
Par conséquent, la courte histoire vidéo n'est pas seulement une histoire de temps passé au téléphone. C'est aussi une histoire de psychologie, de capacité de concentration, de façon dont les gens façonnent leur perception de soi et de façon dont une génération apprend à vivre dans le monde numérique.
Réclamer l'initiative
Sortir du "matière" ne signifie pas boycotter la technologie. Il est essentiel de reprendre le droit de décider comment utiliser la technologie. Pour chaque individu, il peut commencer par des choses très simples telles que limiter le temps d'utilisation de courtes applications vidéo, créer activement des moments sans écran et réhabiliter la capacité de concentration en lisant des livres, en faisant du sport ou des activités qui demandent de la patience.
Pour la famille, au lieu de simplement interdire, il est nécessaire d'aider les enfants à comprendre comment fonctionne l'algorithme, pourquoi une vidéo est présentée à leurs yeux et pourquoi, plus ils la regardent, plus le système se comprend. Au niveau plus large, les plateformes doivent être plus transparentes sur le mécanisme de proposition de contenu; la société et les agences de gestion doivent également contrôler les mécanismes susceptibles d'entraîner les utilisateurs dans une boucle d'utilisation excessive, en particulier les adolescents. Enfin, cette bataille n'est pas une bataille contre les vidéos courtes, mais la protection du droit au choix de l'homme.