Plus de 60 ans après que la révolution dirigée par Fidel Castro ait conduit Cuba dans une nouvelle ère, le procès concernant la fortune américaine confisquée par Cuba en 1960 est soudainement redevenu brûlant.
Le point central du procès est la société Havana Docks - une entreprise américaine qui exploitait autrefois un quai dans la capitale cubaine avant d'être confisquée par les forces révolutionnaires cubaines.
En 2019, après que l'administration du président Donald Trump a activé une clause longtemps "gelée" dans la loi d'embargo, cette société a poursuivi les grandes compagnies de croisières pour avoir accosté au port de La Havane et exploité des infrastructures confisquées.
Un procès similaire intenté par le groupe Exxon Mobil, concernant les actifs pétroliers et gaziers nationalisés, est également examiné en même temps. La question juridique fondamentale est de savoir si les entreprises qui "profitent" des actifs qui appartenaient autrefois à des entreprises américaines doivent indemniser les tribunaux américains ou non?
Les avocats du ministère américain de la Justice soutiennent le plaignant, estimant que ces poursuites sont un outil de politique étrangère important. Selon l'argument du gouvernement, autoriser la demande de réparation empêchera les entreprises internationales de coopérer avec Cuba pour exploiter les biens confisqués, renforçant ainsi l'efficacité de l'embargo qui dure depuis plus d'un demi-siècle.
Les débats au tribunal ont été animés pendant de nombreuses heures le 23 février. Certains juges ont exprimé leur sympathie pour l'idée que les biens confisqués sont des "zones interdites" commercialement jusqu'à ce qu'ils soient remboursés.
Cependant, le résultat final n'est toujours pas clair, car l'affaire touche aux pouvoirs du président dans le domaine des affaires étrangères ainsi qu'à l'histoire politique américaine et cubaine mouvementée.
Le contexte politique actuel accroît encore le poids de la décision. L'administration du président Donald Trump a accru la pression économique sur Cuba, allant du resserrement du tourisme à la menace d'imposer des droits de douane aux pays qui fournissent du pétrole à l'île.

Si la Cour suprême donne le feu vert aux poursuites, la vague de poursuites pourrait s'étendre à près de 6 000 demandes d'indemnisation certifiées par la Commission américaine des plaintes étrangères, pour une valeur initiale totale de 1,9 milliard de dollars - soit plus de 9 milliards de dollars aux prix actuels.
Avant la révolution cubaine, les entreprises américaines contrôlaient jusqu'à 90% de la production d'électricité, des systèmes téléphoniques, de nombreux gisements minéraux, des raffineries de pétrole et des plantations de canne à sucre sur l'île. Après la nationalisation, la majeure partie des actifs a été transférée à des entreprises publiques. Les investisseurs américains ont depuis poursuivi une compensation par le biais des canaux diplomatiques, mais sont restés dans l'impasse jusqu'à présent.
En 1996, le Congrès américain a adopté la loi Helms-Burton, renforçant les sanctions et soulignant que le règlement des revendications de propriété était une condition essentielle à la normalisation des relations avec Cuba.
L'industrie du tourisme de croisière affirme qu'elle agit légalement, sur la base de la politique d'assouplissement de l'administration du président Barack Obama en 2016, lorsque Washington et La Havane ont rétabli des relations diplomatiques.
Les trains à cette époque emmenaient des touristes américains visiter l'écrivain Ernest Hemingway ou explorer la culture cubaine, pendant une période considérée comme rarement "dégelée".
Une décennie plus tard, le tableau s'est inversé. Si la Cour suprême américaine se range du côté des plaignants, Cuba pourrait être confrontée à des risques juridiques supplémentaires et à une baisse des investissements étrangers. Inversement, si la plainte est rejetée, ce sera un coup dur pour la stratégie de pression maximale de la Maison Blanche.
La décision de cette fois n'est donc pas seulement une question juridique concernant les anciens quais de La Havane, mais aussi un nouveau test pour l'orientation des relations américano-cubaines dans une période tumultueuse.