Une table basse en bois placée sur le trottoir. Deux tasses de thé glacé ondulant à côté d'une tasse de café glacé. Une personne pose ses pieds sur une chaise, une personne passe son téléphone, l'histoire continue lentement. La ville n'est pas encore complètement réveillée, mais le café a eu le temps de couler dans chaque rythme de vie.



Certaines personnes s'assoient seules sur une chaise basse, des chaussures rouges se démarquant sur un sol en briques grises. La cuillère tourne dans une petite tasse en céramique, créant un tourbillon brun foncé. À Saigon, les gens peuvent s'asseoir très longtemps comme ça, juste pour remuer une tasse de café et penser à quelque chose. Personne ne les exhorte. Personne ne pense au gaspillage.
Le "style correct" du café Saigon réside dans cette simplicité.
Il peut s'agir d'une tasse de café en plastique tenue à la main au milieu d'un carrefour où il pleut légèrement, de la mousse brune roulant sur les rochers. Devant se trouve le flux de voitures avec des lumières floues, derrière le son de la ville qui ne s'éteint jamais. Les gens se tiennent blottis dans le porche du café, prennent une gorgée d'amertume, puis se fondent à nouveau dans le courant commun. Le café ne se sépare pas de la vie, il suit le rythme de la rue.
Je me souviens aussi de l'image de l'homme qui filtre patiemment le café à travers une épuisette en tissu foncé, la vapeur d'eau s'élevant et obscurcissant tout le cadre. Derrière lui se trouvent de vieilles photos accrochées au mur, des souvenirs d'une époque de l'ancien Saigon. Le café épuisette d'autrefois s'appelait café bít tất, avec une saveur très particulière: épaisse, profonde, et comme emportant toute l'histoire des générations qui l'ont traversée. Chaque goutte de café qui tombe est un rythme lent du temps.



Dans un autre coin de Saigon, les lumières jaunes embrassent le bar en bois. La barista se tient silencieusement derrière le bar, préparant chaque verre. À l'extérieur de la vitre, les voitures passent comme un fleuve de lumière. Un jeune assis devant un ordinateur portable, un latte à côté, les mains sur le menton regardant la rue. Le café à ce moment-là est l'espace des projets, des idées qui n'ont pas encore pris forme.



Saïgon, à la fois ancien et nouveau, le même matin.
Et quelque part, un homme s'appuie sur la photo du marché de Bến Thành d'hier et d'aujourd'hui. À côté de lui se trouve une tasse de café glacé inachevée. Derrière se trouve l'image de la ville de 1962, devant se trouve le bruit des voitures du présent. Il sourit, comme si tout changement pouvait être accepté, à condition qu'il y ait encore une tasse de café le matin.


Le style correct du café de Saigon ne réside pas dans la marque ou le prix. Il réside dans la façon dont les gens soulèvent le verre, laissent l'amertume toucher le bout de la langue, puis expirent lentement. Dans la patience d'attendre que chaque goutte tombe. Dans le silence entre deux histoires. Dans le moment où nous réalisons que nous appartenons vraiment à cet endroit.
Un verre noir glacé. Une chaise basse. Un Saigon à la fois animé et très doux.
Et le courant de la vie s'est écoulé ainsi.