Tard dans la soiree du dernier jour de l'annee, dans une chambre louee d'environ 20 m2 dans une petite ruelle de Hanoï, M. Hoang Nguyen (29 ans) etait assis silencieusement devant un ordinateur portable dont l'ecran etait eteint.
Le message de sa petite amie est toujours la, la question familiere se repete apres pres de trois ans d'amour: "Quand allons-nous nous marier ?".
Nguyen n'a pas repondu immediatement. Il a ouvert le tableau des depenses mensuelles, les frais de location, les depenses de subsistance, les envois a la campagne pour ses parents, l'essence et la voiture, le reste etant finalement presque nul.
Trois ans d'amour, ils etaient assez passionnes pour penser au mariage. Mais chaque fois qu'il mentionnait les deux mots mariage, Nguyen passait habilement a autre chose.
Se marier en ville maintenant, c'est comme realiser un projet risque pour lequel je n'ai pas de capital. Je ne veux pas que ma femme reste dans une chambre louee exiguë pour toujours, et je ne veux pas non plus que mon enfant naisse et que mes parents s'attachent chaque centime de couches", a-t-il chuchote.
L'histoire de M. Nguyen n'est pas exceptionnelle. Les prix des logements dans les grandes villes ont augmente si rapidement qu'ils depassent de loin la capacite d'accumulation de la majorite des jeunes travailleurs. Lorsque le revenu moyen ne suit pas le rythme des depenses de subsistance et du mariage, il devient soudainement un probleme economique risque.
Dans une autre ville, Mme Minh Anh (32 ans, Ho Chi Minh-Ville) a choisi d'etre celibataire pour une autre raison. En tant qu'employee de marketing avec un revenu stable, M.A ne manque pas de conditions pour fonder une famille, mais ce qu'elle a vu de son propre environnement de travail l'a fait reculer.
J'ai vu de nombreuses collegues abandonner leurs opportunites de promotion, abandonner leurs voyages d'affaires a l'etranger juste parce qu'elles sont mariees, qu'elles ont de jeunes enfants et qu'elles doivent s'occuper entierement de la famille de leur mari.
J'aime la vie actuelle, ou j'ai le plein pouvoir de decider ce que je mange, ou je vais et a quoi je depense de l'argent. Le mariage, aux yeux de nombreux jeunes de notre generation, n'est plus la seule destination pour prouver la stabilite ou la reussite", a partage Minh Anh.
Minh Anh choisit de consacrer son energie au travail, aux cours d'amelioration des competences et aux courts voyages auto-recompenses. Pour elle, le celibat n'est pas une penurie, mais un etat d'initiative.
Pour de nombreux jeunes, le mariage n'est plus une question de "chose a faire" ou d'egoïsme personnel, ces choix refletent les pressions tres reelles que les jeunes doivent supporter.
Ce probleme ne s'arrete pas a l'histoire personnelle de chaque individu. Alors que de plus en plus de jeunes ont peur du mariage, la consequence est une baisse du taux de natalite, un vieillissement rapide de la population et une reduction de la main-d'œuvre future.
Le mariage, en fin de compte, est un choix, pas une obligation. Les jeunes ne refusent pas l'amour, ils examinent simplement plus attentivement le prix a payer pour une decision d'engagement a vie. Et pour que ce choix devienne plus facile, il faut une base plus solide, de la psychologie aux finances", a ajoute Minh Anh.