Le matin de l'hiver l'air froid revient plongant toute la ville dans un leger brouillard.
Dans un immeuble d'habitation au 15e etage d'une nouvelle zone urbaine a Hanoï M. Nguyen Van Hoa (41 ans originaire de Bac Giang aujourd'hui Bac Ninh) s'est leve tot pour preparer des vetements chauds et des serviettes en laine pour que ses deux enfants viennent en classe.
Au milieu du vent qui souffle par la fente de la vitre il se souvient soudainement des jours d'hiver de son enfance.
M. Hoa est ne dans une famille nombreuse dans l'ancien district de Son Dong. Tot le matin alors qu'il faisait encore nuit noire sa mere s'est precipitee dans la cuisine pour preparer un bol de riz refroidi avec un peu de sauce et de la cannelle.
Un jour aimant que ses enfants aillent a l'ecole tot elle a arrache un œuf supplementaire une chose rare pour les enfants des campagnes pauvres des annees 90.
Ce jour-la il pleuvait et il y avait du vent violent. Nous n'avions que des sandales de courge et une veste en laine a manches courtes. Maman m'a donne une echarpe en plastique pour m'empecher de mouiller. En entrant en classe assis sur le sol le vent a traverse quelques fenetres au pied du mur il faisait si froid que j'avais les mains violettes' se souvient M. Hoa.
Etudier jusqu'a 10 heures le ventre plein de faim mais les enfants essaient toujours de copier les leçons.

Je ne comprends pas pourquoi a cette epoque il y avait peu de riz et des vetements fins et je pouvais encore grandir. Ce n'est pas parce que le bol de riz frit a cette epoque etait meilleur. Mais parce que c'etait le repas de maman a une epoque ou maman consacre tout ce qu'elle pouvait a son enfant' a-t-il ri les yeux remplis de larmes en racontant sa mere.
Egalement elevee pendant les jours d'hiver difficiles Mme Bui Thi Hang (31 ans originaire de la province de Hoa Binh aujourd'hui province de Phu Tho) se souvient clairement des matins brumeux couvrant toute la vallee.
La maison est bondee de freres et sœurs le riz n'est pas assez copieux souvent maman ne fait que faire bouillir une petite casserole de pommes de terre pour que l'enfant les apporte en classe.
Chaque enfant gagne une pomme de terre. Monter sur la colline pour aller a l'ecole les pieds froids les mains tremblantes mais toujours tremblant. Mais il suffit de manger une pomme de terre cuite pour se sentir chaud toute la journee' a raconte Mme Hang.
La salle de classe est une maison de peinture une falaise un sol en terre battue un brouillard epais au point de ne pas voir clairement la cour de l'ecole. Les enfants sont pieds nus vetus de vetements fins mais tous essaient d'aller en classe parce qu'ils aiment leurs parents qui travaillent dur.
Maintenant j'eleve mes enfants dans une ecole propre et chaleureuse juste a cote de chez moi. La vie a change les choses sont devenues plus abondantes mais chaque fois qu'il fait froid je me souviens de mon enfance dans le froid glacial des montagnes avec une casserole de pomme de terre bouillie chaude et les freres et sœurs se reunissant' a declare Mme Hang avec emotion.
Au milieu du froid de la premiere saison dans des appartements eclaires les enfants se preparent a aller a l'ecole. A leurs cotes se trouvent des peres et des meres qui ont traverse les jours d'hiver difficiles en emportant des souvenirs pour leur rappeler de vivre avec gentillesse et d'apprendre a leurs enfants a cherir ce qu'ils ont.
Pour M. Hoa et Mme Hang le froid d'aujourd'hui n'est que le temps. Quant au froid d'autrefois avec le repas de riz grille les pommes de terre chaudes les tongs et le ruban adhesif c'est toute une partie de leur enfance c'est l'amour simple qui les a eleves a travers les annees difficiles.