Tôt le matin, lorsque la porte du navire s'est ouverte, la foule s'est répandue comme de l'eau brisée sur le rivage. Personne ne regardait personne, personne ne s'arrêtait. Ils marchaient si vite que si vous vous tenez immobile pendant quelques secondes, vous devenez immédiatement un obstacle. Les villes modernes fonctionnent grâce à des personnes qui savent se fondre dans le courant.
La vie a besoin de maillons qui sachent marcher au même rythme, arriver à l'heure et assumer leurs responsabilités. Mais tard dans la nuit, lorsque le dernier train quitte la gare, il ne reste que quelques agents de nettoyage poussant silencieusement la voiture, un homme assis regardant au loin et une fille tirant une valise avec le bruit des roues résonnant dans tout le couloir. Shinjuku est maintenant une scène après la fin de la pièce. La foule disparaît, il ne reste que les gens et la solitude d'origine.
Se pourrait-il que chacun de nous vive avec deux êtres: un être pour se fondre dans le courant, et un être pour sortir de lui. Le premier être nous aide à survivre, à nous réveiller chaque matin, à payer les factures, à prendre soin de notre famille et à ne pas être laissés pour compte.


Quant à la deuxième identité, c'est la personne qui se tient en marge de la gare pour regarder les trains qui vont et viennent, regarder les visages inconnus et se regarder en arrière. Non pas pour s'échapper, mais pour ne pas se dissoudre dans la foule.

Parce que les gens ne peuvent pas vivre éternellement dans le bruit, ni exister éternellement seuls. La chose la plus difficile n'est pas de s'intégrer ou de se séparer, mais de savoir quand faire quoi. Comme un train, parfois il faut se précipiter à la vitesse du Shinkansen, parfois il faut s'arrêter dans une petite gare au milieu de la nuit pour que les passagers descendent du train et que le conducteur du train se repose.


La maturité, c'est quand on apprend à harmoniser ces deux identités. Une personne marche dans la foule, et une personne se tient dans son esprit en observant silencieusement. Pour ne pas être exclue de la vie, mais aussi pour ne pas se perdre.


Comme les gares japonaises, le jour appartient à des millions de pas, la nuit appartient au silence. C'est cette alternance qui fait leur beauté. Les humains aussi! Notre valeur n'est pas seulement déterminée par les moments d'agitation, mais aussi par le moment où nous osons nous arrêter au milieu de la gare de notre vie, pour nous demander: Le train que nous empruntons, est-ce vraiment l'endroit où notre cœur veut aller?

