N'étant plus une forme d'art réservée aux salles de spectacle luxueuses, la musique symphonique d'aujourd'hui est approchée de manière plus proche, devenant un pont entre les cultures et faisant du Vietnam une destination pour de plus en plus d'artistes internationaux.
Lever les "malentendus" sur la musique symphonique
Pour beaucoup de gens, la musique symphonique est toujours associée à l'image d'œuvres de plusieurs dizaines de minutes, de théâtres solennels et d'un espace de divertissement quelque peu isolé. Cependant, la réalité change progressivement.
Olivier Ochanine - directeur musical et chef d'orchestre principal de l'Orchestre symphonique du Soleil (SSO), estime que l'une des raisons pour lesquelles le public trouve la musique symphonique difficile à atteindre vient du rythme de vie moderne lui-même. Selon lui, la plupart de la musique populaire d'aujourd'hui ne dure que quelques minutes, tandis que les œuvres symphoniques peuvent durer jusqu'à une demi-heure ou plus. De plus, l'explosion des réseaux sociaux et d'innombrables distractions rendent de plus en plus difficile pour les gens de maintenir leur capacité de concentration pendant de longues périodes. Cependant, Olivier pense que de nombreux préjugés sur la musique symphonique proviennent de malentendus plutôt que de la musique elle-même.
Nous n'exigeons pas que le public apprenne la musique pour apprécier un concert, tout comme personne n'a besoin d'apprendre à faire des films pour apprécier le cinéma", a-t-il partagé. Selon le chef d'orchestre, la responsabilité des artistes n'est pas seulement de se produire, mais aussi de trouver des moyens de présenter la musique de manière plus ouverte et conviviale pour que le public se sente bien accueilli. C'est aussi la raison pour laquelle de plus en plus d'orchestres dans le monde intensifient les activités communautaires, les performances éducatives et les échanges avec le public. Pour Olivier, les programmes pour étudiants ou les spectacles combinés au dialogue sont des expériences qui montrent que la musique peut toucher même ceux qui n'ont jamais été en contact avec la symphonie auparavant.
L'un des projets qui l'a le plus impressionné est le programme destiné à la communauté des architectes et des étudiants en architecture. Au lieu de simplement se produire, l'orchestre a présenté les similitudes entre l'architecture et la musique, aidant ainsi le public à réaliser que la musique n'est pas un monde étranger mais est étroitement liée à de nombreux autres domaines de la vie, des mathématiques à la physique en passant par la psychologie.
Le Vietnam devient un lieu de rencontre pour de nombreux artistes internationaux
Si Olivier représente le point de vue de celui qui amène la musique au public, Victoria Fillipova, une violoniste travaillant à Hanoï, témoigne du parcours des artistes internationaux qui choisissent le Vietnam comme point d'arrêt dans leur carrière.
Victoria est arrivée à Hanoï après avoir participé à une audition pour l'Orchestre symphonique du Soleil. Ce qui la retient n'est pas seulement l'opportunité de carrière, mais aussi l'environnement culturel qu'elle trouve dans cette ville. Selon l'artiste, bien que chaque pays ait un contexte culturel différent, le public partout a un besoin commun: être ressenti et connecté à travers la musique. Grâce à son expérience de performance au Vietnam, Victoria a constaté que la musique touchera plus facilement le public lorsqu'elle raconte une histoire. Au lieu de se concentrer uniquement sur la technique ou la structure sonore, elle accorde de plus en plus d'importance à la transmission du sens et des émotions à travers chaque œuvre. "À l'heure actuelle, je ne veux pas seulement créer de la musique à partir de notes ou de phrases simples. Ce qui m'intéresse le plus, c'est de raconter une histoire et de transmettre le sens derrière l'œuvre. Parce que le public ressent souvent plus facilement une histoire que des sons abstraits. Lorsque la musique a du sens et que les auditeurs la ressentent réellement, il leur sera plus facile de s'y connecter", a-t-elle partagé.

Selon Victoria, le plus grand défi de la musique classique actuelle ne réside pas dans la qualité artistique, mais dans la capacité de maintenir l'attention du public dans un monde plein de stimuli immédiats. Cependant, elle croit toujours que les gens ont toujours besoin de rechercher des émotions plus profondes, et que la musique est l'une des voies menant à cette expérience.
Quand la musique symphonique devient un pont d'intersection culturelle
Ces mouvements sont également clairement ressentis par le jeune public vietnamien. Nguyen Duc Huy, étudiant à l'Académie diplomatique et violoniste, a déclaré que la profondeur émotionnelle de la musique classique l'a rendu attaché à ce genre. Pour Huy, la musique n'est pas seulement pour le divertissement, mais aussi une façon de raconter des histoires et de se connecter avec les valeurs culturelles. Cependant, le chemin vers la musique classique n'est pas facile. Huy pense que de nombreux jeunes considèrent toujours cela comme un genre musical difficile à comprendre et éloigné. De plus, l'environnement d'accès est encore limité car les produits musicaux populaires d'aujourd'hui appartiennent principalement au genre musical populaire avec un rythme rapide et plus facile à assimiler.

Il est à noter que le processus d'apprentissage du violon a aidé Huy à trouver un point d'intersection entre la musique occidentale et l'identité vietnamienne. En essayant d'interpréter des mélodies familières telles que "Bèo dạt mây trôi" au violon, il a senti que la musique classique est devenue beaucoup plus familière. Cette expérience reflète une tendance qui se déroule dans la vie artistique vietnamienne: au lieu d'accepter intactes les valeurs culturelles étrangères, le public et les artistes créent activement de nouvelles combinaisons entre les éléments internationaux et locaux. C'est aussi ce que de nombreux universitaires appellent la "diplomatie culturelle du peuple", le processus d'échange se déroule à travers des interactions quotidiennes, où l'art joue un rôle de langage commun. Dans le contexte de la mondialisation, les activités culturelles et artistiques sont de plus en plus considérées comme un outil important pour renforcer la compréhension entre les nations, construire l'image du pays et promouvoir la connexion entre les personnes.

De ce point de vue, la présence d'artistes internationaux au Vietnam n'est pas simplement une histoire professionnelle. Chaque représentation, chaque cours de musique ou chaque conversation avec le public fait partie du processus d'échange culturel qui se déroule quotidiennement. Olivier Ochanine considère les musiciens comme des "ambassadeurs de la culture". Selon lui, un orchestre symphonique de 80 à 100 artistes de différents pays est un modèle miniature d'une société diversifiée mais toujours capable de s'harmoniser. Ils parlent des langues différentes, portent des bases culturelles différentes mais partagent une expérience émotionnelle sur scène.
Dans un monde de plus en plus polarisé par les différences linguistiques, culturelles et de points de vue, la musique ne peut pas résoudre tous les problèmes. Mais comme ce qui se passe à Hanoï, elle joue toujours silencieusement un rôle important: créer des rencontres, des vibrations, de la compréhension et des connexions qui transcendent toutes les frontières. Et peut-être, à partir de ces symphonies qui résonnent au cœur de la ville, une autre image du Vietnam se forme également. Ce n'est pas seulement un lieu de réception de la culture mondiale, mais aussi une destination pour que les cultures se rencontrent, dialoguent et évoquent une voix commune.